L'ennemi intime

L'ennemi intime

 

Responsable et coupable de presque tous nos maux : je vous présente Monsieur le petit ego. Le problème majeur avec lui, c'est que nous ne faisons pas attention à sa présence permanente. Il nous semble qu'il a toujours été là comme naturellement. Nous sommes convaincus qu'il nous offre tous ces moments de bonheur après lesquels nous courrons désespérément tous et cela presque indéfiniment. L'immense problème avec l'ego, c'est qu'il n'est jamais pleinement satisfait de ce qu'il possède. Il est insatiable par définition. Sitôt qu'il a ce qu'il convoitait tant et tant, le voilà déjà à l'affût de ses prochains désirs. En fait, il fonctionne exactement comme un stupéfiant et donc il altère le sain jugement. Après avoir donné euphorie joie ou plaisir, il va nous faire payer au prix fort la re-descente. Source de l'insatisfaction, de l'angoisse, de la peur, du manque, de la privation, il nous pousse à n'espérer qu'une seule chose : que tout recommence de plus bel et le plus vite que possible ! Son essence est insatisfaite et impatiente... Il veut et il exige. C'est un tyran ! Si l'ego adore être la star, celui que l'on flash, que l'on admire ou même que l'on adule ce n'est pourtant (et surtout) jamais pour ce qu'il est vraiment. Il veut se faire mousser, briller aux yeux de tous mais pour cela, il se doit d'avancer masqué, travestit et bien maquillé sous couvert d'une bonne raison ou de la pire des "bonnes" excuses. Il est notre roi de la mauvaise foi et ne peut vraiment scintiller que dans son bel habit de respectabilité. Bien présentable et bien présenté, nous croyons ne faire, en cet instant, plus qu'un. Si une personne avait alors la mauvaise idée de venir nous chatouiller un peu pour tenter de nous sortir de votre sommeil égoïste, très grandes sont les probabilités que nous l'envoyions promener avec pertes et fracas. Afin de contrer celle ou celui qui aurait tenté de nous sortir de cette trop merveilleuse situation d'aveuglement, nous lui trouverons alors toutes les meilleures excuses du monde. Nous nions en bloc et il nous devient enfantin de ne rien voir de ce qui pourrait nous contraindre au réveil. Bien difficile première étape que de seulement écouter et de réussir à accepter ou encore, peut-être bien mieux, que d'admettre. Voilà pourtant la bien fantastique victoire sur soi-même ! Réussir une telle opération est une source de libération incroyable. Avoir ce sentiment que l'on vient de mettre une telle raclée à son petit ego qu'il en vacille tel un boxeur à deux doigts du k-o est jouissif. On se dit qu'il ne reste plus qu'à le mettre à la porte et de refermer derrière lui. C'est probablement vrai mais dès la porte close, le petit ego sera déjà en train de tenter de revenir par la fenêtre restée ouverte ou le conduit de la cheminée. . . ou tout simplement par n'importe quelle minuscule faille où fissure dans laquelle il saura se faire si microscopique que nous ne le reconnaissons pas. Nous restons sa plus belle aire de jeu, sa terre vierge et si riche à s'offrir. Il sera prêt à prendre toutes les formes possibles et imaginables afin de nous séduire, de nous plaire et de re-conquérir le terrain perdu. Il nous dira et nous montrera tout ce que nous voulons entendre et voir afin de mieux reprendre la main. Il sera prêt à investir nos rêves pour pénétrer notre conscience. Faudrait-il en passer par l'inconscient pour reprendre le contrôle . . . Aucun problème pour lui. Par notre récente prise de conscience et notre action altruiste, il sent bien qu'il a tout à perdre, absolument tout et c'est bien pour cela qu'il est prêt à prendre tous les risques. S'il doit nous terroriser jusqu'à en provoquer des cauchemars ou nous affliger de pensées si terribles qu'elles nous sembleront étrangères à nous-même... il le fera. Le petit ego est cet ennemi si intime et si proche qu'il colle à notre esprit au plus près qu'il le peut. Il est en nous au point de nous persuader qu'il EST NOUS ! À chacune des avancées spirituelles, il y opposera son contraire. Il tentera au mieux de nous distraire de nos nobles projets et au pire nous déstabilisera. Le plus sournois de nos ennemis ne sera jamais rien au regard de celui de notre propre intimité. D'ailleurs, les ennemis extérieurs ne sont presque toujours que les manifestations des errements de nos choix les plus égoïstes. On se trouve toujours le bon rôle de crier à l'injustice lorsqu'on se retrouve au beau milieu d'un désert aride et brûlant quand toute sa vie durant on n'a fait que choisir les routes menant le plus au sud que possible ! Nous le savons bien, ce sont celles qui nous faisaient goûter au seul plaisir de notre moi, de notre radieux soleil egotique. Réussir à faire distance d'avec notre propre ego est la primordiale possibilité de re-conquête du Soi. Pouvoir regarder l'ego se décoller, pouvoir aussi l'identifier, le reconnaître, et ce même sous ses plus beaux atours de respectabilité aussi subtils qu'ils puissent être, est la clé. Il est là, a l'affût, tel un guetteur, un chasseur à la recherche du moment où vous ne voudriez penser qu'à vous sans concession aucune pour les autres. C'est là qu'il nous faut réussir à mettre le doigt sur le dévoiement vers lequel on se laisserait aller. Se surveiller . . . Cela pourrait aisément passer pour une contrainte, une souffrance et c'est pourtant tout le contraire car c'est la délivrance de la cage de l'ego qui est au bout de la route. On peut passer de la fermeture égoïste à l'ouverture sur le Tout. Surtout ne nous arrêtons pas à la connaissance car savoir n'est pas forcément synonyme de faire. Combien me suis-je laissé à plus savoir que pouvoir ! Magnifique posture de facilité que celle-là. Ma meilleure et merveilleuse alliée fut, et reste souvent, la méditation qui permet de me retrouver, de me recueillir et d'observer tout ce qui se passe à l'intérieur. Ce que l'on pense, on le devient disait le Bouddha. Dès lors, on apprend à regarder ses pensées, à les comprendre et à les orienter comme naturellement vers la bonté, la douceur et la compassion retrouvée. Se perdent les plaisirs de la possession des biens, du besoin des regards d'approbations. Finie la peur de la réprobation des autres, petit à petit le petit ego s'en va et avec lui tout son fatras de peurs et de nécessité de positionnement aux yeux de la société. On apprend soudain à devenir honnête et sincère avec soi-même et par voie de fait aussi avec les Autres. On devient persévérant autant que patient. Disparaît cette étrange façon de se juger si durement dans le secret de son for intérieur tout en maintenant son image idéalisée à l'extérieur. Posture aussi douloureuse qu'impossible à tenir sans des dégâts pouvant devenir presque irréversibles. Ne restera finalement que la partie indispensable d'un ego à sa place et dans son rôle d'intermédiaire entre Esprit et véhicule d'incarnation. Toujours à portée de pensée ou d'action, les erreurs ou autres égarements sont le lot de tout un chacun mais cette découverte de la félicité intérieure demeurera toujours fidèle à un désir sincère de bien faire. Ce merveilleux changement n'attend que le bon vouloir de tous les élus que nous sommes !

Yan SERRE.
Rédigé le 10/12/2013.
www.terrevada.com


        La plus grande victoire est la victoire sur soi-même !
Bouddha