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Sur le chemin de la colère

Sur le chemin de la colère

Cette soirée reste à jamais gravée dans ma mémoire!

Dans le cadre de mon activité de dédicaces, il m'arrive de faire de singulières rencontres et celle-ci en fut une! Cette jeune femme qui m'acheta un de mes livres (www.terrevada.com) devint rapidement une amie et nous échangeâmes longuement les jours suivants... Spiritualité et perfectionnement de soi étaient alors nos sujets de prédilections. Au tard d'une nuit, celui du nirvana prit l'ascendant sur les autres et elle s'emporta jusqu'à la limite de la colère!

 

«Il n'y a rien à atteindre» me criait-elle dessus!

 

Il faut dire que j'avais encore à l'esprit ce fourvoiement de la nécessité d'un but ou autre résultat à tout ce que j'entreprenais. Car au final, je me convainquais encore qu'on ne fait jamais rien pour rien! L'ensemble de nos actions semble ainsi toujours conditionnée au résultat....

Et ne pensez pas que cela soit vrai uniquement en terme de gain, qu'il soit financier, matériel ou de capacités car nous appliquons cette vision à l'ensemble de nos actes y compris avec nos amis, notre conjoint, nos enfants et nous-même. Rien ne semble pouvoir échapper à la culture du rendement... Et sans trop de surprise, l'atteinte du fameux nirvana n'y coupait point. Il faut qu'il soit palpable, que nous y gagnions quelque chose et qu'un but soit achevé!

«Il n'y a rien à atteindre» avait-elle donc hurlé. Sa colère avait salutairement ouvert en moi une réflexion qui serait probablement restée muette si elle avait su garder son calme et tentée de me l'expliquer sereinement.

 

Parfois, et vraiment très rarement, la colère semble pouvoir servir la sagesse!

 

Regardez donc l'exemple de Jésus et les marchands du temple où celui-ci retourna leurs tables dans un inattendu comportement d'emballement! Fallait-il que cette dite colère soit saine et ne demeure surtout qu'un moyen subtil afin d'éveiller les acteurs concernés. Il l'aurait sciemment utilisé pour obliger les marchands à prendre conscience de leur total fourvoiement à faire de l'argent au sein même du temple sacré de Jérusalem. Bien au delà, certainement y divulguait-il un enseignement caché comme lorsqu'il utilisait les paraboles afin de faire réfléchir en profondeur ses interlocuteurs. Il faut bien avouer aussi que parfois la force de la répétition de nos actes au quotidien a le pouvoir de finir par nous offrir pour banal des comportements déviants voire inacceptables.

Dans la même veine, un lama tibétain de grande renommée donnait des conférences à travers le monde sur l'art subtile de la méditation.

Ainsi, il racontait qu'un soir, juste après avoir fini de livrer son enseignement, un homme vint le trouver afin de lui expliquer que toute sa démonstration était fort intéressante mais que sa propre technique méditative était encore plus affinée que la sienne. Il lui expliquait alors comment il était entré en maîtrise de lui-même grâce à la méditation. Le Lama prit le temps de l'écouter attentivement jusqu'au bout pour finir par lui lâcher ceci:

 

«Mon cher monsieur, votre technique c'est de la merde!»

 

A ces mots, il raconta combien l'homme s'en trouva vexé et se mit en colère lui rappelant son rôle d'homme de sagesse incompatible avec un tel discours. Une fois encore, il le laissa aller jusqu'au bout de sa démonstration pour finalement y ajouter:

 

«Vous voyez, votre technique de méditation mérite encore d'être approfondie!»

 

Tout cela pour dire que si la colère peut, à titre exceptionnel, être utilisée, il faille encore pouvoir la feindre et point la subir soi-même!

Quelle meilleure leçon aurait pu être donnée ici et surtout avec autant d'efficacité à cet homme? L'histoire ne dit pas s'il dut, en plus, avoir à travailler sur son ego blessé ou s'il comprit sur le champs le sens de la leçon?!

Je crains qu'en ce qui me concernait, la jeune femme fut réellement en colère de me voir me fourvoyer à trouver, à tous prix, un but à la jonction du fameux nirvana. La prise de conscience n'en manqua pas moins d'être faite et d'ouvrir un sain questionnement en mon for intérieur.

 

Sur mon chemin d'élévation personnelle s'était presque toujours la colère, le sentiment d'injustice et la conviction que le monde était mal fait qui tenait la corde de mes pensées. Surtout, je le percevais totalement inchangeable ce monde.... Néanmoins, depuis une poignée d'années, il me semble que ce fut une étape normale, voire cruciale, au changement de soi. Pourquoi? Je vais m'abstenir d'entrer dans de belles théories ou de débiter des "faut faire ci et pas ça" car il me tient à cœur de rester ancré dans le concret de nos quotidiens. Sur mon chemin spirituel, je n'ai point manqué de rencontrer (et encore aujourd'hui) à de nombreuses reprises cette fameuse colère. Un sentiment d'impuissance et d'injustice comme probablement l'ensemble de celles et ceux qui veulent participer d'un monde meilleur.

Colère

Ma prise de conscience fut la première et nécessaire étape sur la route à la re-connexion au Soi.

 

Elle m'offrit lentement un sentiment de joie et parfois même de plénitude qui ne durait trop souvent que guère peu. Les événements de nos histoires de famille, de couple et de travail nous rattrapent si vite que notre soudaine félicitée peut se muter en emportement et en sentiment d'impuissance. C'est là, sous les ressentiments, que vient se cacher la victimisation. Peut-être, finalement, une colère autocentrée que l'on ne manque jamais de reporter sur les autres et l'ensemble de la planète. Tenter de l'analyser et de la comprendre en soi paraît tellement plus difficile!

Mes blessures d'enfance, mes privations, mes échecs trouvaient dans cette colère extérieure tous les moyens de s'exprimer. Le tout en se gardant bien de se montrer au grand jour!!!

 

De la sorte, je préférais dénigrer tout ce qui m'entourait.

«Ha! Si seulement le monde était différent.... Comme ceci ou comme cela. Alors.... Ce serait génial».

 

Néanmoins, il ne l'est pas et je n'y peux rien du tout.

«Nous sommes si persuadés d'être parfaitement conscients de tout ce qui nous entoure mais en fait tellement inconscients de tout ce qui se passe au dedans, à l'intérieur!!!» Ma colère fut donc si souvent le fruit d'un déséquilibre interne, et seulement de celui-ci, que j'avais bon rôle de me dire qu'il y avait de l'injustice tout autour de moi! Je me fourvoyais ainsi à m'assurer qu'elle existait vraiment, me prenait à la gorge et m'assaillait. D'ailleurs, tout semblait fait pour que je ne vois qu'elle partout et tout le temps. La télévision en était sûrement le plus terrible et concret des exemples. Toutes ces informations que je prenais en plein visage avaient justement pour principal but de maintenir mon attention et ma conscience à l'extérieur. J'étais pris au tourbillon et au flot de boues négatives et anxiogènes!

Je prenais alors conscience combien cette seule voie conduisait à la certitude que la solution restait liée aux possessions et à l'argent.... En m'exposant à ces milliers d'horreurs à travers le monde, je restais maintenu dans cette certitude que tout est mieux ici sans jamais mettre en lumière que dans beaucoup de contrées désargentées, on vit avec tellement moins d'Avoir et plus d'Être!!!

 

Du coup, l'accent est focalisé sur la souffrance...

 

Celle que nous identifions facilement lorsqu'elle montre la misère extérieure et que nous ne voyons pas quand il s'agit de celle qui nous assaille intérieurement. Car cette folle croyance que le bonheur se tient dans l'Avoir et la possession plutôt que dans la re-connexion avec ce que nous sommes vraiment, notre "êtreté", nous est martelée dans le crâne depuis notre petite enfance.

Du coup, je pestais moi aussi contre les hommes politiques, les banquiers, les assureurs, les voleurs, les menteurs, les manipulateurs, les pervers(e)s narcissiques..... Jusqu'à m'y noyer, m'y perdre et m'y contraindre. Mais à quoi bon puisque tout venait de moi : Du projecteur de ma propre vie que je suis à chaque instant depuis le départ, chargé de mes vieilles énergies remontées de cycles en cycles. Pas question de resquiller sur mes égarements colériques passés puisqu'ils sont le reflet de ma progression, d'une continue montée en fréquence, en vibration. Il fallait en passer par là comme tout un chacun se devra de le faire. Je m'avouais enfin être encore trop tourné vers l'extérieur, bien trop occupé à blâmer ce que je préférais voir sous mes yeux que mes travers internes.

 

Ceux-là, comme je savais me les cacher à moi-même!!!

 

Je traînais ainsi ma propre carriole de merdes internes, rivée à mon véhicule d'incarnation!!! Seulement, devait venir un jour et un temps où ma lointaine prise de conscience se rappelait à mes bons souvenirs. Il fallait alors sortir de ma posture de victime, celle de me croire née sous une mauvaise étoile, de me sentir agressé et pris au piège de cette société. Surtout de mettre un coup de frein dans la descente à la facilité et à l'auto aveuglement. Venait alors toute l'inertie du poids de ma dite carriole qui me poussait au cul et retardait le ralentissement à mes habitudes mortifères... L'inertie de la matière et surtout de mes croyances si ancrées en mon sein! Certes, cela m'a pris du temps mais point d'avancée possible lorsque l'on reste bloqué à ce stade du développement. Car, en fait, ce fameux monde n'est que le reflet de nos propres énergies! L'addition cumulative de nos ressentiments, nos peurs et nos colères. Chacun d'entre nous tous émet, tout d'abord inconsciemment, puis de plus en plus en conscience, une énergie vibratoire qui lui est propre. Cette même énergie est si puissante qu'elle impacte notre propre être et son environnement proche.

 

Elle génère une construction de Karma!

 

De la sorte, chacun d'entre nous joue pleinement de ce qui se passe ici-bas et porte en son intériorité une infime partie de ce qui se déroule en tous lieux et tous temps sur notre belle planète bleue. L'infiniment petit et l'infiniment grand sont très probablement constitués de la même façon. Chaque cellule porte la même information vibratoire de tout notre être.... Tout notre être la porte aussi et ainsi de suite.... Égrégore de couple, de famille, de région, de nation... Planétaire.

 

Tant que colères intérieures il y aura, alors dérèglements extérieurs il demeurera!

 

Je comprenais combien cette nuit là, sa colère me fut salutaire ouvrant grandes les possibilités à l'abandon du résultat et de la compétition de tous contre tous..

Sur mon propre cheminement, je voyais combien «Savoir ne rimait pas forcément avec pouvoir! Au contact des pervers, des salauds, des menteurs, de ces personnes sans scrupule et prêtes à tout pour réussir, je ne faisais encore que flancher! Et ce quand bien même je savais que leurs attitudes étaient dues à des peurs ou des aveuglements. Il demeurait si difficile d’avoir un soupçon d'amour pour celles-là ! C’était forcément ici que je sentais la monumentale différence entre les candidats, les postulants et les titulaires compatissants! J'étais devenu postulant, devais-je me dire, et c’était déjà un beau pas. Ne plus avoir de haine ou de ressentiment restait assurément un bon début. Néanmoins, ce joli commencement durait depuis tellement d’années! Pourquoi ne parvenais-je pas à les aimer alors que je connaissais parfaitement le pourquoi de leur attitude? Combien je ressentais de barrières à devenir clément à l’encontre de ceux si prêts à tout pour vaincre, dominer ou posséder.

Sans doute la clef se trouvait là!

Il fallait ravaler ma salive pour ne pas être blessant, ne pas laisser éclater au grand jour et aux yeux de tous les vices connus de certains de ces «monstres». Je devais appendre à me taire, me contenir, faire preuve de patience. Être aussi empli de douceur, de gentillesse, de compassion que possible. Il paraissait nécessaire de se rendre compte combien on ne fait pas soi-même preuve de perfection. Me concernant, loin s’en fallait à ce jour!».....

Pages 435 et 436 de «Les maladies du Bien». Éditions Terrévada.

En définitive, aujourd'hui et comme jamais sonne en moi cette sentence du Bouddha:

«Considère celui qui te fait voir tes défauts comme s'il te montrait un trésor. Attache toi au sage qui réprouve tes fautes. En vérité, c'est un bien et non un mal de fréquenter un tel homme».

Article initialement paru ici dans: Présences Magazine.

Le texte peut être partagé en précisant la source et l'auteur. Retrouvez mes livres en cliquant:  ici


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