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La prise de terre

La prise de terre

La prise de terre

Aujourd'hui, j'aimerai vous entretenir de la prise de terre... N'ayez aucune inquiétude, nous n'allons pas causer électricité, arcanes de schémas électriques ou autres branchements! D'ailleurs, mes connaissances dans ce domaine sont quasi nulles!

Je vais plutôt tenter de vous parler, dans un premier temps, du fameux maître indien nommé Siddharta.

En fait, nous l'identifions tous sous le nom de Bouddha. Je suis certain que vous avez déjà vu sa représentation dite en «prise de terre» mais que nous connaissons sous l’appellation de la position dite en «lotus». Il ne vous aura pas échappé que sa main droite touche le sol d'où cette dénomination de la «prise de terre». Cette image représente et symbolise un moment bien précis de l'ascension spirituelle du Bouddha. Elle s'est produite alors qu'il se trouvait sous l'arbre de la bodhi depuis quarante jours à y méditer.

Approchant plus que jamais du «but» ultime de la révélation conduisant à l'Éveil, Mara se serait puissamment évertué à le tenter afin qu'il ne puisse pas atteindre l'extase complète. Il lui offrit alors ces cinq filles, chacune plus belle l'une que l'autre. Elles symbolisent, en fait, ce que les bouddhistes nomment les empêchements.

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A savoir : le désir sensoriel (kāmacchanda) le mécontentement (byāpāda) la paresse et la torpeur (thina middha) l’agitation mentale et les remords (uddhacca kukkucca) et enfin le doute (vicikicchā). Si nous n’allons pas détailler ici ces cinq difficultés bien connues des apprentis méditants, précisons néanmoins que la première est très souvent qualifiée de «sensuelle» ce qui me semble être une légère erreur car ne sectorisant que l’aspect de la tentation d'ordre charnelle ou sexuelle. Il me paraît donc plus juste de bien faire la précision en qualifiant cet empêchement de «sensoriel».

Ainsi, cela englobe toutes les dimensions sans n'en mettre qu'une seule en lumière. Le tout, aussi, sans y placer un tentant ordre prioritaire. En fait, c'est l'ensemble du «sensoriel» qui doit être surveillé sous l'égide de la bienveillante vigilance de l'esprit.

Les filles de Mara s’ingénient donc, tout autant individuellement que collectivement, à faire céder le futur éveillé. Néanmoins, même armées de leurs plus subtils atours, elles échouent et doivent s'effacer. La manœuvre particulièrement intéressée de Mara à la corruption du prince indien ne fonctionnant pas, il va chercher à le séduire par une autre voie.... Constatant que les tentations classiques attachées à nos souhaits et désirs de pouvoir ne fonctionnent pas alors, il s'y essaye via les visions contraintes de nos plus profondes terreurs primales.

Celles là même qui habitent les parties les plus obscurcies du cœur humain soumis aux apparences et à ses propres croyances erronées.

Ce sont tout justement ces peurs attachées à nos incrédules certitudes du manque, de la pénurie et de la nécessité de nous en protéger par le biais d'un petit ego aux désirs insatiables qu'il va utiliser. Mais pourtant, comme le souligne si admirablement Nyanatiloka :

«Māra n'est pas tant un démon extérieur mais plutôt la «personnification des passions et des objets du désir».

Au perfectionnement du soi, il faut en passer par une introspection destructive de nos a priori et autres «vérités» dénuées de constance. Possiblement, Siddharta a pu passer là en revue ses plus puissantes vicissitudes intérieures restantes après pourtant six longues années d'ascèses extrêmement difficiles!

Le chemin du petit ego demeure celui par lequel même les plus en voie sur le sentier de l'éveil peuvent encore trébucher. Avec, bien évidemment, l'orgueil en fer de lance!

Comme dans un effet miroir, la construction chimérique du mental ego, Mara, flatte le jeune homme en mettant en lumière les infinies qualités qui l'on conduit jusqu'à ce niveau d'élévation spirituelle. En vérité, on peut ainsi se faire auto-trébucher en faisant décupler une fierté qui pourrait sembler tellement juste et légitime! Même plus besoin d'une entité démoniaque et extérieure à blâmer ou à montrer du doigt!

Ce sont nos propres égarements accumulés en strates qui permettraient cette folle falsification. On peut dès lors jeter aux oubliettes les pièces de tragédies grecques et la victimisation du «Je suis le sujet d'injustices permanentes» «C'est pas ma faute si je suis née sous une mauvaise étoile» et tant d'autres... Siddhartha aurait donc pu être terrassé à cette étape de son développement personnel et l'histoire ne dit pas s'il ne le fut pas tout justement de nombreuses fois auparavant?!

Néanmoins, cette fois, c'était sans compter sur le fait que le futur Bouddha avait découvert l'impermanence des choses. La prise de conscience de l'interdépendance interdisant, de fait, toute possible existence indépendante et autodéterminée de quoi que ce soit et surtout de qui que ce soit.....

En réalité, rien n'existerait en soi et pour soi seul!

Fine et discrète trace laissée par la vacuité que celle là!

Il est dit que le Bouddha, ayant reconnu les apparences uniquement pour ce qu'elles sont, posa alors sa main droite au sol et y prit la Terre à témoin. Là, il semblerait qu'il soit entré en communication avec l'ensemble des éléments... L'infini de l'Univers. C'est ainsi qu'il aurait connu l'Éveil ! La perfection de la nature lui montre ainsi sa propre perfection car nous sommes TOUS le parfait miroir des lois de la Terre. En la contemplant, et surtout en s'y connectant directement, on peut découvrir notre propre fonctionnement.

Le Bouddha atteint donc l'éveil en touchant la Terre parce que c'est Elle qui l'a enseigné. Il semble ainsi se connecter à un ultime achèvement dans lequel toute la «connaissance» s'offrirait en une seule et unique fois! Un retour sur soi dans le sens d'un dépouillement total des cinq empêchements plus hauts cités et qui permettent la révélation effective du Soi avec un grand «S».

Il nous faudra néanmoins revenir, dans un article futur, sur les égarements possibles à ce qu'est vraiment l’Éveil. Le voir surtout autrement qu'un but ou quelque chose à acquérir ou à atteindre. Enfin, c'est parce qu'il se retrouve dépollué de toutes constructions mentales et épuré jusqu'à notre condition première que le Bouddha réussit à se re-connecter aux informations de la Terre. Et ce sans filtre et sans erreur aucune.

Cela me reconduit à ce que j'avais tenté de décrire dans l'article nommé «Hymne à notre Mère la Terre» :

«... en prenant conscience que ce qui se passe extérieurement n'est qu'un reflet de ce qui se passe intérieurement. Si notre nature profonde et réelle est absolument liée au Tout, alors à chaque fois que nous martyrisons nos corps cela revient à martyriser la Terre! Comment pouvons-nous espérer respecter la terre quand nous ne nous respectons pas nous-mêmes?! Produits chimiques, cigarettes, alcool, stupéfiants, sucre, additifs, colorants.... En fait, nos pollutions mentales internes se lisent sur la surface de notre belle planète bleue : parfait effet miroir! Tout ce que nous faisons individuellement à notre Demeure nous nous le faisons à nous-mêmes!!!

Nos comportements influent directement sur l'organisme qu'est la Terre. In fine, ces réactions ne sont que celles de l'addition de nos dérèglements psychotiques». Cela nous montre l'immense chemin qu'il nous reste à parcourir depuis notre état actuel de déconnexion aux immuables lois célestes et des êtres de Lumière que nous sommes intrinsèquement! Pourtant, en tant que créateurs incarnés, cet espace pourrait se réduire en un clin d’œil aux vues de nos extraordinaires capacités spirituelles.

Tout est là, depuis la nuit des temps, prêt à être transcendé par chaque individu conscient de son pouvoir de reconnexion au Tout.

A tout cela, il m'est impossible de ne pas voir la parallèle avec Jésus-Christ et la tentation au désert! Quarante jours de jeun, comme le Bouddha, et la même confrontation d'avec Satan. Pas plus que lui, il ne cédera aux propositions de désirs, de pouvoir, de puissance ou de possession. L'un comme l'autre ont ici défié et mis à mal les plans de leur tentateur intérieur et les ont rendus absolument caduques. «Prise de terre» ou «Au nom du Père» qu'importe puisque le résultat est le même:

L'abandon total du petit ego pour entrer en communion parfaite avec la Création. Phase extatique du dépassement du Je et de la personnalité, de tout temps et tout lieux d'où rien ni personne ne peut venir les déloger. Flottant bien au-dessus du monde -tout en demeurant pourtant incarnés:  ils le servent! Un grand adieu à jamais aux basses servitudes de nos propres affres pour un bon-jour à l'ouverture béante sur une bonté hors de toutes les lois humaines.

Sur mon propre chemin, et grâce à eux deux, loin, loin de moi les temps où "mon" Jésus "guerroyait" en mon propre sein avec "mon" Bouddha. Tiraillé d'avoir à abandonner le premier au profit du second, je ne savais me résoudre à prendre décision. Comment, pourquoi et qui choisir? Étais-je sujet à une terrible tentation? Foudres et tempêtes passées, calmes et apaisements retrouvés et là, c'est tous deux qu'ils m'ont montré mes errements. Dans le désert ou sous l'arbre, au nom du Père ou de la Terre, ils me susurrèrent ceci :

"Tu le vois bien, le cheminement est le même".

Depuis ce jour, les deux maîtres cohabitent paisiblement en moi m'aidant, chacun à sa façon, de sa personnalité et de son enseignement. Prier ou méditer: les deux me conviennent! L'un m'apprend à ne plus croire aux possibles hasards des perfections terrestres et l'autre qu'il m'est inutile d'aimer la bonté pour y seulement espérer une récompense dans un hypothétique au-delà. Comme je suis heureux de les trouver tous deux sur mon chemin chaque fois qu'il en est besoin (ou pas). L'un éclaire l'enseignement de l'autre et vis versa. Ayant définitivement vaincu les tentations, ils sont toujours de parfaits guides à mes apprentissages....

 

Yan SERRE

Article initialement paru ici dans Présences Magazine.

Le texte peut être partagé en précisant la source et l'auteur. Retrouvez mes livres en cliquant:  ici

«...demandez et l’on vous donnera; cherchez et vous trouverez; frappez et l’on vous ouvrira. Car quiconque demande reçoit; qui cherche trouve; et à qui frappe on ouvrira...» Matthieu 7:7-8


 


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