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Encore un effort !

Encore un effort !

Une fois n'est pas coutume et commençons notre article mensuel par une citation. Elle est tirée d'un des livres de Arnaud Desjardins nommé «Les chemins de la sagesse».

La voici:

«Des hommes libres n’ont aucune raison de lutter et de souffrir pour gagner une libération qu’ils ont déjà. Le chemin de la sagesse, le yoga, la religion s’adressent donc à des humains qui ne pensent pas du tout qu’ils sont libres. Une libération ne peut concerner que des humains répondant à l’une des conditions suivantes : asservis, soumis, dépendants, esclaves, prisonniers. Par conséquent si l’on n’est pas absolument convaincu de sa servitude, de sa soumission, de sa dépendance, de son esclavage et de sa prison, on n’a rien à faire dans la spiritualité, le yoga ou le zen. Il ne s’agirait que de malentendu, contradiction, inconséquence, amateurisme».

Bouddha citations

S'il est bien une notion que nous n'aimons pas trop considérer, c'est bien celle-ci: L'effort.

Car oui, comme au creux de toute discipline, il faut y mettre du sien. S'investir pleinement et sans condition à ce que l'on croit et ce que l'on veut faire. La spiritualité ne peut en rien échapper à cette nécessité de l'effort profond et sincère du marcheur en chemin. Il paraît absolument évident à tout un chacun que si l'on souhaite maigrir il faille entamer un régime. Que pour devenir sportif, il faut s’entraîner et ainsi de suite à l'infini.

Dans un monde de causalité, de l'action/réaction, toute demande appelle à un effort sincère de celui qui s'engage et pourtant on a le sentiment que dès qu'il s'agit de spiritualité, il faudrait que tout tombe du ciel....

Au sens propre comme au figuré... Tout justement du ciel!

Entrer en contact avec le monde de l'invisible rime trop souvent avec celui du magique et du «ça va tomber tout cuit». On peut ainsi se mettre en attente d'un sauveur providentiel ou d'êtres de Lumière qui finiraient par venir faire le boulot à notre place. Ils viendraient punir les méchants et récompenser les gentils dont on est, forcément, quand on est devenu «spirituel»!

On peut même faire appel à un intercesseur, tel un prêtre -entre autres possibilités- afin de nous absoudre de nos supposés «pêchers». Il nous enjoindra à réciter des prières ou incantations qui permettraient d'enlever une part du travail à faire en profondeur sur nous-même..

Parfois, la posture du marcheur peut aller encore plus loin en transformant sa spiritualité en un refuge et ne pas avoir à faire face à sa réalité. En ordre de hauteur ou de grandeur, il peut ainsi s'en remettre à «Dieu», à son ange gardien, à son guide, son gourou, son éveilleur de conscience....

Si, comme déjà précisé dans des articles précédents, «Tout est parfait» et que dans un monde de causalité chacun se trouve à l'endroit précis où il doit se trouver en conséquence de ses choix et actes, rien n'empêche une véritable démarche introspective. Hors celle-ci engage alors la notion d'effort indispensable à tout progrès.

Soyons clair: la spiritualité est une gymnastique comme une autre.....

Et ne point pratiquer, tout en attendant ou demandant un miracle ne semble pas plus sérieux que juste. Cela peut-il véritablement produire des résultats pérennes et durables? Avoir la foi, une foi inconditionnelle même, demande une déconstruction de l'ensemble de nos conditionnements, certitudes, vérités et autres à priori. Et cela, pour être très franc, me semble demander de profonds efforts.

Dans nos sociétés modernes, tant et tant accrochées à la matérialité, on néglige souvent l'aspect invisible des choses et tout l'immense sérieux qu’implique un engagement en spiritualité. Du coup, on a trop souvent le sentiment que le monde spirituel devrait s'offrir à chacun d'entre nous sans trop d'efforts ni autres difficultés. Un peu comme par simple «connexion» directe et aussi fluide qu'aisée.

Rendu à certain stade de dépollution du mental, c'est très probablement juste. Pourtant, depuis la ligne de départ que l'on se trace, cette gymnastique spirituelle est tout sauf cela...

Comme l'écrit si bien Arnaud Desjardins, il faut déjà avoir accepté son propre état, celui «de sa servitude, de sa soumission, de sa dépendance, de son esclavage et de sa prison». Tout ceci, nous le comprenons bien, représente et exige un effort en profondeur. Notre cher auteur décrit alors en détail le rapport qu'il eut avec son maître Swami Pranandjad au sein de son ashram et ce six longues années durant. Il y décrit le travail spirituel non seulement tel un immense effort mais même comme une source de souffrances intérieures marquées. Il parle ainsi de ce que furent les séances de «lying» où il restait allongé auprès de son maître.

Celui-ci le questionnait et mettait en lumière ses parts d'ombres les plus reculées et refoulées afin qu'elles remontent à sa conscience et ne l'oblige à faire l'effort de les accepter telles qu'elles étaient. Il avoue alors avoir eu tant et tant envie de l'insulter, voir de le molester, tellement les difficultés de se regarder tel qu'il était et pas tel qu'il aurait voulu se faire croire à lui-même qu'il était.

Imaginez donc combien furent difficiles ces introspections purgatives!

Entrer en spiritualité, ce n'est probablement pas que faire sa méditation du soir durant un petit quart d'heure ou son court de yoga hebdomadaire au calme et à l’abri de toutes nos réelles problématiques internes et externes. La porte d'entrée qu'ils offrent n'est point négligeable mais doit nécessairement s'accompagner de tous les efforts d'introspections et de réformes de soi à effectuer au quotidien.

Aller à un stage de «reconnexion» d'un week-end où tout est présenté dans un beau paquet cadeau livré clé en mains n'a point de sens si l'on ne se pousse pas à les appliquer à son travail, avec son conjoint ou ses enfants...

En fait, au quotidien et en toutes circonstances.

Il nous faudrait peut-être prendre garde de ne pas laisser la spiritualité devenir un simple bien de consommation. Un genre de plat préparé à passer trente secondes au micro-onde et qui n'a que l'aspect d'un enseignement mais sans sa consistance! Car, de la consistance, il doit y en avoir et même beaucoup au cœur d'un tel engagement. Vouloir mâcher des caramels spirituels alors qu'on a pas encore même de dents n'a point de sens. Un maître peut aisément répondre à tous les questionnements, ou autres demandes, d'un jeune marcheur occidental mais à quoi bon si cela se transforme en verbiage vide de sens véritable aux oreilles de celui-ci!

Le sauveur authentique ne peut probablement commencer par naître qu'en soi et nulle part ailleurs parce qu'il n'y a sans doute pas d'autre lieu que celui-là au commencement du chemin.

C'est ainsi qu'une grande partie du peuple juif qui attendait un Messie providentiel pour les délivrer «magiquement» du joug des romains en fut pour ses frais! Ce fameux Messie, Jésus Christ, ne prit jamais part à quelque révolte extérieure et violente mais avait axé son enseignement sur la réforme de soi et l'apprentissage de la liberté. A cela, il fallait consentir grands et ultimes efforts.... Certes, abandonner ses biens matériels mais aussi et surtout s'abandonner à soi-même.

En quelque sorte, s'abandonner à l'amour!

Quel type d’effort peut-il être plus ultime que celui-là?!

Il passa lui-même des épreuves radicales telle celle des quarante jours de jeun au désert et sa confrontation d'avec Belzébuth et ultimement sa propre condamnation à mort et sa crucifixion !!! Nous pourrions aussi parler des six années de privations intenses qui furent nécessaires au Bouddha afin d'approcher le fameux nirvana... L'éveil.

Au final, notre société est très souvent en admiration devant les efforts de l'aventurier, du chef d'entreprise devenu milliardaire mais quid pour le méditant solitaire dans la montagne qui produit l'effort absolu de faire le tour de lui-même, de sonder jusqu'au tréfonds ce qui EST sans conditionnement et comme sorti de nulle part!

Peut-être aussi et surtout d'amener des énergies supérieures ici bas afin que nous puissions tous en avoir connaissance.

Durant ces longues années de méditations n'incarne-t-il pas dans sa chair cette possibilité afin que les dites énergies se répandent sur terre? Ce ne serait donc qu'après tout ce labeur de mise en lumière de nous-mêmes, de nos déconstructions mentales et de notre engagement sans faille que la notion d'effort pourrait s'effondrer sur elle-même. Et si cette porte devenait visible au moment même où l'on vit dans l'instant présent et la jouissance de tout ce qui est offert tout le temps?

Nous serions alors dans notre êtreté permanente. Là où tout pourrait devenir soudainement fluide et comme tombé du ciel, se donnant sans effort aucun.

Arriverait tout ce que chacun souhaite tant et que l'ensemble de ces efforts offre au marcheur en spiritualité. Peut-être cela se résumerait parfaitement dans la maxime de Jésus:

«Demandez, et l'on vous donnera; cherchez, et vous trouverez; frappez et l'on vous ouvrira. Car quiconque demande reçoit, celui qui cherche trouve, et l'on ouvre à celui qui frappe» ou encore plus puissamment «Je vous le dis en vérité, si quelqu'un dit à cette montagne: Ôte-toi de là et jette-toi dans la mer, et s'il ne doute point en son cœur, mais croit que ce qu'il dit arrive, il le verra s'accomplir. C'est pourquoi je vous dis : Tout ce que vous demanderez en priant, croyez que vous l'avez reçu, et vous le verrez s'accomplir.»

Yan SERRE.

Article initialement paru ici: Présences Magazine.

Le texte peut être partagé en précisant la source et l'auteur. Retrouvez mes livres en cliquant:  ici

 


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